Le fromage des Quechua

Elle a grandi dans les Cévennes et lui en Charente. Aujourd’hui, Julia Steiner et Charles Belair travaillent tous les deux depuis plus de cinq ans au service de parcs naturels situés dans le Massif central. « Le soutien aux producteurs locaux et la valorisation de leurs produits fait partie de notre métier ici. Le Massif central et le fromage… c’est une longue et belle histoire qui dure : Saint-Nectaire, Fourme d’Ambert, de Montbrison, Cantal, Salers … font partie de notre patrimoine ! » explique le couple. Ainsi, lorsqu’ils développent un jour un projet de voyage solidaire, ils souhaitent naturellement qu’il soit lié à la production de fromage… Cette idée les mène au Pérou, au sein de l’association Allpa. Après de nombreux échanges, une entente avec leurs directeurs respectifs est trouvée pour s’engager dans une année de solidarité internationale.

Production fromagère - Crédits : Carlos Ly SUCO - Allpa

Production fromagère – Crédits : Carlos Ly SUCO – Allpa

Allpa est née il y a une dizaine d’années dans la région d’Ancash, au cœur de la cordillère blanche, à 3 000 mètres d’altitude. L’association a été créée suite à un programme d’actions mis en place par l’ONG canadienne SUCO dont le but est de renforcer les capacités d’intervention locales puis de laisser les acteurs locaux s’emparer des projets et les mener de manière autonome. Allpa veut créer une filière de commercialisation des produits laitiers et plus particulièrement du fromage et développer un centre de formation sur les techniques agricoles destiné aux plus jeunes, qui souvent partent de la région pour ne plus y revenir. Le projet du couple trentenaire est lauréat de l’édition 2015 de la Bourse AVI International. Il aidera au suivi administratif et financier des projets, à la recherche et à la formalisation de partenariats, au transfert de connaissances en matière de gestion de projets et de recherche de financements. Fin octobre 2015, Julia Steiner et Charles Belair rejoindront les sept spécialistes andins de l’association : vétérinaire, ingénieur agronome, etc.

Province de Huari - credits Carlos Ly SUCO - Allpa

Province de Huari – credits Carlos Ly SUCO – Allpa

Les familles de culture quechua sont regroupées pour la plupart en communautés et vivent du travail de la terre, de l’élevage de vaches et cochons d’inde ou de la fabrication de fromages. Elles sont en situation d’extrême vulnérabilité de par leur incapacité à faire face aux aléas climatiques et ainsi assurer des rendements suffisants pour vivre. Elles sont également exclues des systèmes politiques décisionnels et ne peuvent donc accéder aux services basiques de qualité comme l’éducation et la santé. Leurs enfants sont les plus vulnérables : problèmes de malnutrition, d’analphabétisme,… engendrant le cercle vicieux de l’exclusion. Depuis quelques années cependant, l’intervention active de l’association Allpa permet d’apporter de sérieux changements et de donner des perspectives à travers un appui à la fabrication de fromages, à l’amélioration de l’irrigation et de l’hygiène de vie…

Cinécyclo Tour Sénégal

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Vincent Hanrion fait partie des trois lauréats de la Bourse AVI International 2015. Lorsque le jury choisit son projet « Cinécyclo Tour Sénégal » au mois de mai, il est assis sur son vélo sur les routes italiennes et s’entraîne pour son futur voyage en Afrique.

Il devra en effet muscler ses mollets pour mener ce projet à bien. En novembre 2015, il sillonnera le Sénégal 6 mois avec une bicyclette un peu particulière… Celle-ci se transforme en générateur électrique ! Le jeune homme de 29 ans souhaite grâce à l’engin qu’il a conçu et fabriqué, proposer des séances de cinéma aux habitants ayant l’habitude des soirées à la lueur des lampes à pétrole.

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Trois films africains et 12 d’animation seront ainsi projetés en plein air. Seront aussi proposés quatre films en langues locales sur l’agriculture et l’environnement, grâce aux productions des organismes Access Agriculture et Purple Field Production.

Le jeune homme né à Metz et basé aujourd’hui à Savigny-Lès-Beaune en Côte-d’Or, parcourra 3000 kilomètres en passant par Ziguinchor, Kolda, Tambacounda, Kedougou, Saint-Louis ou Dakar. En 2014, il s’est déjà rendu dans le pays afin de préparer cette expédition, réaliser un prototype de génératrice à pédales et expérimenter les « soirées cinéma ».

Vincent-HanrionAvant cette aventure, il étudie le graphisme à l’école Supérieure des arts décoratifs de Strasbourg puis s’engage dans une voie artistique en photographie. Dans le domaine de l’image, il travaille en France et au Québec. En 2013, il fonde un ciné-club documentaire à Québec, ville dans laquelle il suit alors des cours intensifs de mécanique vélo en préparation du long voyage en deux roues dont il rêve depuis si longtemps.
 
En plus de la Bourse AVI International, son projet a également été lauréat de la Bourse Aventure Labalette 2015.

N’hésitez pas à aller les soutenir sur leur page facebook !

Bonne route à lui !

C’était la Grande soirée du voyage solidaire

Pagode

Lundi 1er juin dernier s’est déroulée la traditionnelle Grande soirée du voyage solidaire, organisée par AVI International et Culture-Aventure qui s’est tenue pour la première fois cette année, dans un cinéma mythique parisien : La Pagode, au cœur du 7è arrondissement.

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Les lauréats 2014 de la Bourse AVI International ont présenté leur comptes-rendus vidéos. Marion Lango venait du Tarn afin de raconter son immersion dans une tribu nomade de Tanzanie. Son projet « Les Hadzabes derrière la caméra » devait donner la parole à ce peuple en lui permettant d’écrire son propre film. La jeune réalisatrice a pu évoquer ses difficultés sur place à concrétiser son projet. Malgré les obstacles, elle poursuit le montage de ce documentaire et entend retourner en Tanzanie afin de le montrer à ceux qui l’ont accueillie.

Tous les membres du projet « Des abeilles et des éléphants » étaient aussi présents à la soirée pour présenter leur compte rendu vidéo. Alexia Rondeau, Hélène Baudel et Marine Pascal sont revenues sur leur initiative de disposer des ruches autour d’un village de Namibie afin d’en éloigner les éléphants et protéger ainsi les champs. Là encore, les difficultés à appréhender les différences culturelles n’ont pas manqué. Mais les étudiantes de l’école vétérinaire de Toulouse sont heureuses d’avoir pu mener à bien leur action, inspirée par les travaux de Lucy King, du Elephant and bees project.

En bonus, le public a pu visionner le compte-rendu vidéo du projet « Educa-Bobo » de Carline Terjan-Coulibaly. Il avait reçu un prix spécial lors de l’édition 2013 de la Bourse AVI International car il prolongeait l’action de Carline et son mari, récompensée en 2011 par la première édition de la Bourse AVI International.

Après avoir été félicités par le directeur d’AVI International Philippe Gojon, les nouveaux lauréats de la Bourse AVI International ont été présentés au public venu nombreux :

L’Art relie les peuples – Street Art Amazonia
Pendant un an, Esther Folleas et Émilie Longin (Rhône) réaliseront une « fresque interculturelle » monumentale et itinérante, constituée par 100 peintures de jeunes de communautés autochtones d’Amazonie péruvienne.

Une production fromagère péruvienne pour dé-marginaliser les Quechua
Pendant un an, Charles Belair et Julia Steiner (Loire) mettront leurs compétences en développement local et durable au profit de l’association ALLPA, qui accompagne ces populations autochtones dans l’amélioration et la commercialisation de leur production laitière.

Cinécyclo Tour du Sénégal
De novembre 2015 à juin 2016, Vincent Hanrion (Côte-d’Or) effectuera un voyage à vélo de 3000 kilomètres pour offrir des projections vidéos grâce à une génératrice à pédales dans des villages isolés dépourvus d’électricité du Sénégal.

Plusieurs membres du jury de la Bourse AVI International étaient présents pour l’évènement :
–  Amandine et François, blogueurs de voyage et auteurs du site un sac sur le dos. – Chloé Faussat, représentait le réseau Twam qui met en relation hôtes et voyageurs souhaitant partager leurs expériences.
– Didier Jehanno, qui a créé il y a plus de 25 ans l’association pour voyageurs ABM.

Pour clôturer la soirée, le réalisateur Denys Piningre a présenté son film « Le néon et le goudron ». Pendant plusieurs années, il a suivi un village du Burkina-Faso, sur le point d’être électrifié et relié au reste du pays par une route goudronnée.

Enfin, le public, les lauréats et membres du jury de la Bourse se sont retrouvés autour d’un cocktail dans les jardins de la Pagode.

Les Hadzabes derrière la caméra

Lauréate 2014 de la Bourse AVI International, Marion Longo nous livre le compte rendu de son voyage.

Les Hadzabes derrière la caméra Les Hadzabes derrière la caméra Les Hadzabes derrière la caméra

Préambule :

En 2012, âgée de 18 ans, je m’envole pour la Tanzanie. Bénéficiaire d’une bourse de voyage Zellidja, cette association qui donne la possibilité à des jeunes de voyager seuls, j’étais partie l’année précédente à vélo à travers l’Angleterre à la découverte de l’écologie. De retour en France, me sentant pousser des ailes et très intriguée par la notion de nomadisme, je tombe par hasard sur un article parlant des nomades chasseurs-cueilleurs.

Alors étudiante en sociologie dans le Tarn et intéressée par l’ethnologie, je me lance alors dans mon deuxième voyage Zellidja: « Les Hadzabes, voyage au berceau de l’Humanité. » Le but, découvrir ces étranges chasseurs-cueilleurs nommés Hadzabes, réputés pour n’avoir ni maison ni propriété, vivant de la chasse et de la cueillette, et que l’on rapproche très souvent, par leur mode de vie, de nos plus lointains ancêtres.

Je passerai deux semaines avec eux, découvrant un univers complètement différent de celui que j’avais imaginé, me confrontant aux réalités de la modernité, du tourisme et des changements inhérents à chaque société. Je commencerai à apprendre le swahili mais surtout la langue de la tribu, l’hadzane. Je découvrirai leur mode de vie en habitant avec eux, en allant chercher l’eau à la rivière asséchée, mais aussi en apprenant à danser avec les femmes devant le petit poste de musique, ou en buvant avec eux la bière locale.

Les Hadzabes derrière la caméra Les Hadzabes derrière la caméra Les Hadzabes derrière la caméra - Marion Longo

Les Hadzabes :

Les Hadzabes font partie des derniers groupes de chasseurs-cueilleurs d’Afrique. Parlant l’hadzane, une langue comprenant des clics, leur territoire s’étend tout autour du lac Eyasi, entre la plaine du Serengeti et la vallée du Grand Rift, dans le Nord tanzanien.

De nombreuses ethnies, des nomades pastoralistes tels que les Maasai ou les Barbaig ou des tribus sédentaires pratiquant l’agriculture comme les Sukuma ou les Irawq ont migré afin de trouver un territoire où s’installer et se retrouvent à occuper le territoire des Hadzabes. Sans troupeaux pour prendre possession physiquement d’une terre, ces derniers sont souvent perdants. Leur territoire paraît inoccupé et attire des populations de plus en plus nombreuses.
Les Hadzabes derrière la caméra Les Hadzabes derrière la caméra Les Hadzabes derrière la caméra
La présence de bétails fait fuir le gibier sauvage plus loin encore des campements Hadza. Puisque le bétail s’installe autour des points d’eau, l’accès à l’eau devient un problème de plus en plus récurrent dans les groupes Hadzas. Afin d’acheter l’eau et les aliments qui leur manquent, ils commercent avec ces ethnies. Pour cela, leur seule ressource est bien souvent la visite de touristes dans leur camp et la vente de bijoux en perles.

Découvrant toutes ces problématiques mais aussi des femmes et des hommes particulièrement chaleureux et accueillant, je n’avais au moment de les quitter, qu’une seule idée en tête : revenir.

Le projet :
Les Hadzabes derrière la caméra Les Hadzabes derrière la caméra Les Hadzabes derrière la caméra
De retour en France, je créé le projet « Les Hadzabes derrière la caméra ». Découvrant le milieu de l’audiovisuel et plus particulièrement celui du documentaire, je voulais revenir en terre Hadza afin de leur donner la parole et de faire un film sur mesure avec le groupe que je connais.

L’envie autour de ce projet était d’intégrer les Hadzabes à la création du film en mettant en avant leurs paroles et avis mais aussi en les intégrant au choix du fil directeur du film et de son écriture. Dans la mesure du possible, je souhaitais aussi partager quelques techniques de l’audiovisuel.

Le voyage :

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En janvier je retourne donc en Tanzanie, dans le même groupe Hadza, sur la terre ocre du bush. Je retrouve avec plaisir Nn’on’a, le chef du village, qui m’a tant inspiré pour ce projet. J’ai la surprise de voir un groupe totalement différent. Ça fait parti du lot quand on décide de s’intéresser à des nomades: ils nomadisent, effectivement.

Passées les premières semaines où j’ai pu commencer à filmer, à récupérer quelques automatisme de langue et à me réhabituer au rythme Hadza, je retourne à la ville, Arusha, à 5 heures du bush, afin d’attendre Magali Chapelan.

Jeune camerawoman et réalisatrice toulousaine, elle vient me rejoindre pour un mois afin de m’aider à filmer et à concevoir le film. Une invitée surprise se rajoute, Pauline, vétérinaire baroudeuse habitant la Tanzanie. Elle se joint à nous pour quelques jours. La French Team est en route !

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À travers la route chaotique et poussiéreuse, nous nous rapprochons du Grand Rift, retour à Gorofani pour moi et découverte pour le reste de l’équipe. Petit village de cultivateurs d’ail et de maïs, aux abords du lac, c’est notre base de repos après les séjours en terre Hadza.

J’ai le plaisir de leur présenter Musa Herry Kisanga, guide tanzanien professionnel rencontré lors du premier voyage et qui nous aide à la traduction et à la logistique et participe activement au film.

Grâce au regard nouveau de Magali et Pauline, je redécouvre les problématiques Hadza, remarque des erreurs de jugements et de compréhension.

Tentant de capter le point de vue des Hadzabes, d’orienter mon regard avec le leur, je rebondis sur une demande de Nn’on’a : il aimerait profiter de ma venue pour acquérir une moto. Pourquoi une moto? Quel intérêt, quels besoins? Quel impact sur leur mode de vie, quels changements ? Après avoir dis au revoir à Pauline partie barouder plus loin, on tente avec Magali de cerner cette problématique et de comprendre le point de vue du groupe sur cette moto qu’ils désirent et qu’ils voient comme une solution pratique à leurs problèmes.

Après deux semaines à filmer et interroger les Hadzas, Magali repart.
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Quelques problèmes administratifs et financiers me forcent à reculer mon dernier séjour en terre Hadza et à l’écourter. Je reviens mi-mars pour seulement une semaine au lieu de trois. Mon départ précipité créé une discussion au sein du camp sur le prix que je dois payer au village de Gorofani pour avoir le droit de rester avec les Hadzabes dans leur camp, argent dont ils ne voient pas la couleur et qui profitent seulement au gouvernement du village.

Nn’on’a décide qu’il est temps pour les Hadzabes de changer leur manière de faire et d’aller s’asseoir avec le gouvernement du village pour aller défendre leur droit.

Je suis heureuse que mon séjour ai pu déclencher au minimum cette volonté d’utiliser les manières de faire « du dehors » pour défendre leurs droits, et j’espère, par mon film actuel et mes futurs projets auprès d’eux, contribuer à contrebalancer cette nécessité de reprendre les outils d’un système qui n’est pas le leur pour défendre leurs droits, par un travail de captation et de réflexion sur leur culture, leurs savoir-faire et leur langue.

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De ces rencontres humaines, de ces vie séparées par nos différences culturelles et de qui je me suis pourtant senties si proches, j’ai tenté d’en capter toute la beauté, la fragilité mais aussi l’intensité, j’ai voulu mettre en valeur la singularité de chaque personne plutôt que l’exotisme d’une tribu réduite à son entité.

En quête de sens et manquant cependant d’expérience dans l’audiovisuel, apprenant le langage de la caméra en même temps que le swahili et l’hadzane, j’ai eu du mal à intégrer les Hadzabes au processus de création d’un film que je ne contrôlais pas du tout.

Occupée à m’adapter à leur manière de faire qui n’était pas la mienne, leur manière d’avoir des paroles et des points de vue qui ne se captaient pas comme je l’imaginais, mettant toute ma volonté à démêler les fils de leur situation, de leur volonté, je n’ai pas réussi à les mettre derrière la caméra au sens technique.

Je me suis plutôt appliquée à oublier mes envies, mes stéréotypes et à suivre leur regard afin de capter leur parole de manière plus subtile que lors des interviews officielles les rendant timides, ou en leur demandant directement « Que dois-je filmer? », ce qui les amenaient seulement à me montrer ce qu’ils savaient intéresser les touristes.
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Et après :

De ces trois mois intenses ont été tirées 40 heures de vidéo, de bouts de vies et de paroles, de questionnements et de rires. Maintenant, il faut créer le film. Et bien sûr pour le diffuser: y retourner.

Des nouvelles de Street Art Amazonia Esperanza

Street-art-AmazoniaParmi les trois lauréats de l’édition 2015 de la Bourse AVI International, figure ce projet mené au Pérou par Emilie Longin, 34 ans. Non présente à la Grande soirée du voyage solidaire, elle a malgré tout tenu à nous envoyer un message pour remercier le jury de l’avoir sélectionnée et pour partager l’avancement de son projet. Nous en publions quelques extraits :

Je suis à Lima depuis un mois et si je devais résumer l’ambiance en deux mots, je dirais : tumultueuse et colorée. L’art peut surgir de partout, dans une ruelle, sous une affiche, un fragment de porte. Des graffitis clandestins aux fresques monumentales, la ville se décline aux couleurs de l’ « arte callejoro », l’Art de la rue.

Street-art-AmazoniaUne de mes premières actions a été d’appuyer l’équipe du festival FITECA dans le district de Comas dont l’objectif est de promouvoir l’art au cœur de la communauté. Adultes, enfant, voisins… imaginez tout un quartier vivant au rythme de l’évènement pendant plus d’une semaine ! Théâtre de rue, concerts, ateliers, etc. Toute la scène artistique était au rendez-vous et plus de trente muralistes ont pu réaliser une œuvre en direct. Un seul mot d’ordre : « Culture pour tous » ! Le message sonnait comme un véritable manifeste car 40 fresques ont récemment été effacées dans le centre historique de la ville.

Street-art-AmazoniaPour l’heure, je rencontre de nombreux artistes et prépare activement les premiers ateliers que nous allons réaliser avec la communauté Kokama dans la forêt amazonienne et, ici, a Cantagallo avec les Shipibo. Depuis près de 15 ans, plus de 300 hommes vivent dans un environnement insalubre, sans eau ni électricité, Street-art-Amazoniaretranchés sur les bords du fleuve Rimac, bien loin de l’Ucayali et de la forêt dont ils sont originaires. Ils attendent ce qu’on leur a promis : un relogement, ailleurs, et des conditions de vie plus décentes. Mais le dialogue avec Casteñada, le nouveau maire, est totalement rompu depuis plusieurs mois. Et de nombreux artistes se sont mobilisés pour faire entendre leurs voix. Appuyée par la communauté et le collectif Ojos de Papel, nous sommes en train d’organiser une intervention photographique dans le centre de Lima, au cœur du conflit, et préparons des ateliers artistiques avec les jeunes à Cantagallo.

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Depuis deux semaines, nous construisons également en partenariat avec l’ONG Rawusunchis une grande fresque amazonienne inspirée des mythes et de la cosmovision Kokama qui sera ensuite expliquée aux enfants sous forme de contes.

Street-art-AmazoniaNotre objectif final est de réaliser une grande fresque interculturelle de 100 peintures sur les savoirs ancestraux et la mémoire des peuples de la forêt. Certes, le projet est audacieux… et la route encore longue ! Mais je suis plus que jamais convaincue de la nécessité de tisser de nouveaux liens culturels et spirituels entre les peuples, ici et là-bas. Et je ferai le maximum pour que le projet puisse se déployer dans toutes ses latitudes. Comme le disait Albert Jaquard, « seuls les liens que nous tissons permettent d’accéder a la conscience d’être, c’est l’appartenance à une communauté humaine qui nous rend véritablement humain ».

Bonne chance à Émilie. Et nous ne manquerons pas de relayer l’avancement de son projet et des autres lauréats.

Une nouvelle salle pour la Grande soirée du voyage solidaire !

Cette année, la Grande soirée du voyage solidaire du lundi 1er juin se déroule dans le 7è arrondissement, dans un lieu pour le moins exotique : la Pagode !

Si la Pagode est un lieu magique, c’est peut-être parce que son histoire commence comme un conte de fée : Il était une fois, en 1895, un directeur du Bon Marché, M. Morin très amoureux de sa femme. L’Orient est à la mode depuis que le Japon s’est ouvert au commerce occidental. Sous l’impulsion de l’Ere Meiji (1869/1912), chinoiserie et japonaiserie font alors fureur ! M. Morin décide donc d’offrir à sa femme une véritable pagode qu’il demande à son architecte, Alexandre Marcel, de construire dans son jardin, rue de Babylone, dans le VIIème arrondissement.

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Celui-ci s’exécute avec un grand souci d’authenticité, allant même, d’après la légende, jusqu’à faire venir certains éléments de là-bas : les boiseries sculptées dont la charpente par exemple, viennent directement du Japon ; les tuiles vernissées d’une fabrique vosgienne ; les extrémités des poutres représentent des dieux du bouddhisme indien, dont Ganesh l’éléphant. Ravie Mme Morin y organise des réceptions somptueuses où le couple apparaît costumé en empereur & impératrice du « Pays du Soleil Levant & du Mont Fuji ». Des admirateurs louent la salle par admiration.

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Pour M.Morin le conte de fée s’arrête là, puisqu’en 1896 l’année même de l’inauguration, sa femme le quitte en (in)justes noces avec le fils de son associé ! A La Pagode, la vie brillante continue, avec des éclipses, puis la salle est fermée en 1928.

 En 1930, l’Ambassade de Chine propose de la louer mais se ravise après une visite plus approfondie de la superbe salle extrême-orientalisante : ses fresques illustrent des épisodes de la guerre sino-japonaise où les guerriers japonais ont nettement le dessus.

En 1931, les portes de La Pagode s’ouvrent enfin au public et rejoint le cercle restreint et précurseur du cinéma d’Art & Essai. Au fil des années, elle devient un haut lieu des cinéphiles, surtout pour les films de Bergman et d’Eisenstein. C’est aussi à la Pagode que Jean Cocteau donne la première du Testament d’Orphée en 1959.

En 1973, la salle est provisoirement fermée pour entreprendre des travaux : suppression du mur qui cachait La Pagode aux passants, création d’un jardin & aménagement d’une seconde salle en sous-sol. La Pagode est classée Monument Historique par le Ministère de la Culture en 1986. Après plusieurs années d’exploitation par la compagnie Gaumont et trois longues années de fermeture, La Pagode est redevenue, le 8 novembre 2000, un cinéma indépendant grâce à M. Jean Henochsberg, du groupe Etoile Cinémas.

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Adresse : Cinéma La Pagode – 57 bis, rue de Babylone, Paris 7è.

Métros : Saint-François-Xavier (ligne 13), Sèvres-Babylone (lignes 10 et 12) et Vaneau (ligne 10).

RER C : Invalides

Bus : Lignes 82, 87 et 92 [Saint François Xavier],

Autolib : 32/Invalides/Paris, 2/Duroc/Paris.

Vélib : Station n° 7014, 35 boulevard des Invalides.

Découvrez l’extrait d’un documentaire de 26 minutes sur La Pagode :